Développement durable ou "libération de la croissance" : il faut choisir!
Par jeunesverts le samedi, octobre 20 2007, 17:25 - accueil - Lien permanent
Non pas un, mais quatre points de croissance en plus. Voilà la folie des grandeurs économiques de retour du côté du rapport commandé par Nicolas Sarkozy à l'ancien conseiller de François Mitterrand Jacques Attali. Or, non seulement l'objectif d'une croissance de 5% par an n'est pas compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique, l'épuisement des ressources naturelles et la lutte contre les pollutions et nuisances locales, mais les moyens recommandés pour l'atteindre sont peu recommandables. Partout où la commission Attali, composée de 50 membres dont 40 chefs d'entreprises, voit de la règlementation, des règles de prudence ou de précaution, bref, du bon sens comme disait Raffarin, elle sort son flingue libéralisateur. Mais quoi, vive l'exhubérance irresponsable! Et de réclamer à corps et à cris la fin de règles (principe de précaution, licences aux taxis, autorisations d'installations pour les grandes surfaces) pourtant utiles d'un point de vue de la reconversion écologique de notre économie. Kant disait déjà que sans l'obstacle du vent pour les soutenir, les mouettes ne pourraient pas voler. La croissance ne se libére pas, elle se dynamise et prend son sens en étant ciblée sur de réelles améliorations de bien-être.
5% de croissance par an 2050, c'est un produit intérieur brut multiplié par 8. Pour limiter le réchauffement climatique à 2°C, il faut que les pays développés divisent leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050. Pour diviser par quatre nos émissions de GES tout en multipliant le PIB par huit, il faudrait diviser par 30 le contenu en GES de tout nouvel euro de richesse créée. Même avec une dématérialisation maximale de la croissance, c'est impossible.
D'ailleurs, au même moment, le conseil d'analyse stratégique sort un rapport sur "les perspectives énergétiques de la France à horizon 2030-2050, où il est proposé de retirer l'objectif "facteur 4" de la loi de programme sur l'énergie!!! La France, du fait du nucléaire et des gros barrages, n'aurait "plus assez de marge de manoeuvre" par rapport à ses voisins! Surtout, la poursuite de l'objectif facteur 4 pourrait "constituer un frein à la croissance après 2020, en l'absence de rupture technologique". Nous y voilà: s'il est sans doute possible de diviser nos émissions par deux et de préserver une partie de la biodiversité "à idéologie constante", il faut déjà engager la bataille des idées sur ce que doit être la définition du bien-être.
Patrick Viveret, dans un rapport officiel commandé sous la gauche plurielle, recommandait de "reconsidérer la richesse". Des sociologues comme Dominique Méda ont bien montré que le PIB est un très mauvais indicateur du bien-être des populations: il ne prend en compte ni les atteintes à notre capital naturel, ni les richesses produites hors du secteur marchand.
La croissance débridée est un puissant facteur de montée en puissance d'inégalités. On le voit aux Etats-Unis et en Chine, et même en France à moindre échelle. Une étude sur les "hauts revenus en France", (1998-2006) par Camille Landais de l'ENS (future Thomas Picketty?) montre à qui profite vraiment la croissance sans redistribution des richesses. Les 0,01% de foyers les plus riches ont vu leurs revenus augmenter de plus de 40% sur la période, quand le reste se contentait de 4% (le revenu médian n'a augmenté que de 0,6% en moyenne annuelle). De façon surprenante, c'est encore plus le cas depuis 2002... les cent familles du comité des forges (ex-IUMM) sont-elles de retour? En tous les cas, le peloton s'étire et mieux vaut ne pas être dans le groupeto. Et la fiscalité des très hauts revenus continuant de baisser, c'est l'échappée belle, on ne les reverra plus.
Incapable de choisir entre paquet fiscal et réduction des déficits publics, nucléaire et renouvelable, OGM et bio, libération de la croissance et grenelle de l'environnement, le gouvernement va droit dans le mur. Trois exemples:
Immobilier: Le rapport d'étape de la Commission Attali propose de densifier les espaces urbains, de construire des logements socialement mixtes. C'est très bien mais plus loin, il est proposé de construire des dizaines de villes nouvelles! Et on prétend que celles ci seraient "écolos"? "Construire constitue en soi un geste architectural et politique". Pis, il est proposé, sous prétexte de faciliter l'accès au logement, de faciliter aussi les expulsions! Virer plus facilement pour signer plus facilement, ça vous rappelle pas le CPE?
Distribution: Dans son rapport, la Commission propose du supprimer l'autorisation d'installation de grandes surfaces. Ce secteur est effectivement porteur d'un potentiel de productivité, mais ce sont aussi des aspirateurs à voiture, des temples de la consommation qui remplacent les centres-ville et imposent des conditions de production désastreuses aux fournisseurs. Les commerces alimentaires, indépendants et de proximité ont vu leur nombre diminuer sur les vingt dernières années. Il ne restera plus qu'à compter sur des plans locaux d'urbanisme bien conçus pour éviter de donner des permis de constuire n'importe quoi.
Mobilité: Veut-on plus d'autoroutes ou plus de frêt par le rail? Au moment où on annonce une taxe kilométrique sur les poids lourds et un grand plan pour le rail, des gares ferment et les projets de contournements autoroutiers se multiplient (Bordeaux, Caen, Strasbourg...)
Messieurs dames, cessez de faire les politiciens, de vouloir séduire l'extrême droite avec une loi sur l'immigration par an tout en feignant l'ouverture à gauche (enfin, sa frange la plus réactionnaire). Faites de la poltique, affirmez des choix!
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