Borloo et Kosciusko-Morizet à l'écologie, quelles perspectives?
Par jeunesverts le dimanche, juin 24 2007, 13:01 - accueil - Lien permanent
Les nouveaux maîtres du ministère de l'écologie, du développement et des aménagements ne répondent pas aux urgences écologiques de notre pays. A nous de mobiliser les associations autour des objectifs qui permettront de préparer l'avenir. Pour que le prochain Grenelle ne devienne pas un Waterloo.
Jean-Louis Borloo, ministre d'Etat de l'écologie, du développement et des aménagements durables (MEDAD) numéro 2 du gouvernement Fillon 2, n'avait pas demandé à être là où il est. Saura-t-il faire de nécessité vertu? Pragmatique, il s'était lancé à Valenciennes dont il était maire jusqu'en 2002 dans la construction d'un tramway qui avait contribué à le faire connaître. Noël Mamère qui le connaît bien considère qu'il s'est intéressé à l'écologie par intérêt, mais espère qu'il ira plus loin.
En tant que ministre, Jean-Louis Borloo s'était attaqué au problème du chômage de façon parfois contestable, mais en ayant le souci de la transversalité, de faire travailler ensemble autour d'un objectif commun divers acteurs, ce qui lui a conféré un poids politique indéniable. C'est là un atout majeur pour mener à bien sa mission, car il y a urgence. Espérons que son enthousiasme débordant ne fasse pas long feu, et qu'il ne prenne pas prétexte des difficultés à agir au niveau international pour se réfugier dans l'attentisme au niveau national. A cet égard, l'invitation qu'il vient de lancer à Al Gore pour le Grenelle de l'environnement n'est pas nécessairement de bonne augure.
Nathalie Kosciusko-Morizet secrétaire d'Etat à l'écologie, est plutôt un gage de sérieux. Son rôle en tant que rapportrice de la charte de l'environnement fût indéniablement positif. Cependant, sans préjuger de la sincérité de son engagement, le fait qu'elle se soit prononcée à plusieurs reprises pour les incinérateurs montre surtout sa grande flexibilité d'esprit. "Le développement durable est un concept flexible", comme le soulignait le grand Pinocchio de l'écologie Claude Gloasgen, alors garde à ne pas trop le tordre, madame la secrétaire d'Etat.
Concrètement, il semble peu probable que le Grenelle de l'environnement en Octobre puisse répondre aux urgences environnementales de la France: moratoire sur les OGM, arrêt de la construction d'autoroutes, suspension des décrets de construction de centrales nucléaires EPR et d'incinérateurs. Des fausses solutions seront certainement mises en avant, telles que les agrocarburants. Toutefois, si les associations écolos savent s'associer aux syndicats et négocier finement, elles pourront obtenir des contreparties pour préparer l'avenir (et l'arrivée de vrais écolos au pouvoir):
1) Des engagements chiffrés pour 2012 dans la réduction de nos émissions de Gaz à Effet de Serre, de notre empreinte environnementale, de l'isolation des logements, du développement des énergies renouvelables. Ces engagements devront être crédibles sur le plan financier. Si on dit, "pour un euro investi dans le nucléaire, un euro dans le renouvelable", il faut prendre en compte le coût de la recherche fondamentale ITER à Carradache, et ça veut dire pas de nouvelle centrale tant qu'on a pas une explosion du marché du solaire, de l'éolien et de la géothermie en France.
2) La Formation professionnelle. La reconversion écologique de l'économie ne se fera pas sans les ingénieurs, installateurs, conseilleurs qui nous font actuellement cruellement défauts (on les fait souvent venir d'Allemagne). Les régions, qui seront associées au "Grenelle", auront un rôle incontournable dans les négociations. Et puis, il faudrait envoyer Claude Allègre, Serge Gallam et quelques autres en formation professionnelle plus générale sur le réchauffement climatique...
3) La Fiscalité. Jean-Louis Borloo a beaucoup fait parler de lui avec la TVA sociale, il pourrait être tenté de la recycler en TVA environnementale. Ce coup çi, ce serait pour la baisser pour les produits propres, ce qui ne financerait pas le trou de la Sécu. Or, non seulement c'est compliqué et parfois peu efficace, mais cela réclame l'accord de nos partenaires européens en raison de la 6e directive TVA de 1977. A l'inverse, des droits de douanes pour certains produits en provenance des pays qui ne respectent pas le protocole de Kyoto (Etats-Unis, Chine), tels que proposés par Nicolas Sarkozy, seraient contraire au droit de l'OMC qui prône la non discrimination. Les vraies marges de manoeuvre dont on dispose semblent donc les suivantes: A) La (re)création d'une vignette automobile pour les particuliers, mais cette fois en fonction non pas des chevaux, mais des pollutions émises. La France, qui produit beaucoup de voitures de catégorie 1 et 2 et peu de 4x4 (quoique, Renault compte s'y mettre) serait plutôt avantagée. B) La haussse progressive et concertée de la taxation de l'énergie, assortie de compensations pour les ménages modestes. Elle devra inclure les vols aériens intérieurs (rien ne nous empèche de taxer le kérozène sur notre territoire), le transport de marchandise par camion, la TIPP... C/On peut doubler les recettes de la fiscalité environnementale (2 points de PIB) pour être au niveau de la Suède sur ce sujet.

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