Le militant Vert n’est pas un extraterrestre
16 04 2007Attention, on passe du statut de simple averti de l'urgence sociale et écolo en herbe à celui de personne engagée en un rien de temps. Prenons donc une semaine typique du militant Vert en période électorale. Ils sont 10 000 comme ça en France et tous ne ressemblent pas à des extra-terrestres. Morceaux choisis, extraits du dernier exemplaire de "Bâtons Rompus", disponible en péniche au 27 rue Saint Guillaume.
Samedi : à peine rentré d'un meeting survolté de Dominique Voynet à la mutualité, Monsieur M. cherche à joindre le groupe local des Verts de sa petite capitale régionale. Tout de suite, on lui propose de venir diffuser des tracts pour le meeting du vendredi suivant, en centre ville, là où les rues sont sensées être piétonnes. Devant une urne géante, on harangue les passants, on développe les points du programme qui intéressent les gens : le logement, la maîtrise de la consommation d'énergie, la santé... Très vite, des militants UMP se sentent obligés d'empiéter sur ses plates-bandes. Ils sont à trois contre un, et pourtant le Vert s'en sort grâce à son sourire, sa bonhomie, sa culture politique. Face à des militants incapables d'argumenter, un gouailleur qui bénéficie d'un énorme capital sympathie dans la population se sent conforté dans son engagement. "La France d'après" l'inquiète, mais il n'a peur de rien. D'ailleurs, ce sont les militants UMP qui prennent vite peur lorsqu'un gamin de 6-7 ans à tout casser vient les voir et leur crier avec ses petits copains "sarko, raciste"! Ils ne font pas long feu... Une élue verte locale en profite aussi pour draguer la police municipale, eux se plaignent de la "culture du chiffre" qu'on leur a imposé au détriment de l'exercice de leur mission de service public républicain... de proximité. Les circonvolutions de leur ministre de tutelle sur le sujet les laissent perplexes. Sarko - qui prétendait que "la police, ce n'est pas fait pour jouer au foot avec les mioches" -ignorait, le bougre, que c'est la meilleure manière de faire du renseignement!
Dimanche : jour du marché du port de plaisance. On se serre les coudes sous la foule, et le bras qui dépasse un peu trop pour tendre un tract style militant UNEF risque gros. Mais l'accueil est bon, les habitants réceptifs. Comble : même une militante un peu paumée qui tracte pour Bové avoue qu'elle ne voit pas la différence avec Voynet. Le militant Vert explique : le moustachu s'est encanaillé avec des collectifs pro nucléaires civils et a délaissé le terrain de l'anti-productivisme constructif de gouvernement pour celui de l'anti-libéralisme de base. Cela finit par une bolée de cidre et le soir une séance d'affichage. En effet, la boîte privée chargée pour la première fois de la campagne d'affichage a un peu bâclé le boulot : deux affiches par panneaux, quelle que soit la taille de celui-ci! Et ils ont recouvert les panneaux qui annonçaient le meeting... tout est à refaire, dans la joie et la bonne humeur!
Lundi : un petit tour au local, séance de boîtage, qui reste une des deux mamelles du militantisme. Le tout est de s'introduire dans les tours en utilisant l'interphone pour déposer des petits papiers dans la boîte aux lettres. Le soir, blog party pour convaincre la toile que la "joyeuse PAC" va devoir évoluer, n'en déplaise aux électeurs de l'UDF pourtant très proeuropéens. Tous les vecteurs de communication sont bons et puis, nos tracts ont beau être sur papier recyclé, un peu de cyber-teasing ne fait jamais de mal à la planète.
Mardi : le militant écolo pense global, mais agit local. Dans sa faculté, il fait tout pour qu'un "bilan carbone" soit effectué, que la maîtrise de la consommation énergétique soit une préoccupation quotidienne, que le tri des déchets soit organisé, que la direction achète des imprimantes "recto/verso"... il est parfois agaçant, mais on ne fait pas d'écologie sans ce genre d'écologistes. Et puis après tout, il ne fait qu'anticiper sur la prochaine directive européenne, comme le rappelle avec pragmatisme le mensuel "enjeux les échos" sur "la croissance verte". L'après-midi, avec une charmante militante, le militant fait la tournée des plages nacrées abondées par un mois d'avril caniculaire (une anomalie climatique de plus). Il s'est inspiré pour cette technique du teasing agressif des jeunes populaires pendant l'été 2005 : ceux-ci distribuaient des tongs, des freesbies et des mots croisées, pendant que les jeunes sexy centristes essaient de convaincre à coups de préservatifs... D'ailleurs les Verts ne sont pas en reste avec leurs séances de "speed-datings" à la chocolaterie. La différence? De la culture politique, et de l'éthique: nous on parle de notre programme de reconversion écologique de l'économie, pas du pif du petit chef ni des oreilles du centriste comme autant d'arguments de séduction.
Mercredi : après avoir réuni les contacts pour deux conférences sur les OGM et sur la prison le mois suivant pour la campagne législative (le militant écolo voit plus loin que le bout de son nez), le militant va convaincre sa grand-mère- qui allait voter Sarko à force de s'abrutir en regardant le 13h00 de Jean-Pierre Pernaud- de voter pour ses petits-enfants. Pari réussi. Il se dit que convaincre les jeunes, c'est bien, mais si on veut éviter la "révolution conservatrice" en France et promouvoir la révolution écolo, il ne faut pas négliger l'importance de ce que M.Spitz appelle "le papy krach". Cela ne l'empêche pas d'aller à l'université, parce que les jeunes étudiantes en droit qui bronzent sur la pelouse, c'est quand même sympa, faut avouer. L'ennui, comme dirait Carbonnier, c'est que "tout juriste est un conservateur". Et il a raison. Face à ceux qui prétendent trancher dans le lard du code du travail (Contrat Unique) et des libertés fondamentales (fin du droit au regroupement familial) , le militant écolo, qui sait que faire de la politique, c'est susciter l'adhésion à un projet, prône l'autonomie, la solidarité, la responsabilité. En un mot, il opère une magnifique synthèse entre les aspirations contradictoires du corps social et prône la "révolution préservatrice". Celle qui permettra à la planète de continuer à tourner rond. C’est d’ailleurs le sens premier du mot « révolution ».
Jeudi : dès le matin, il monte en voiture avec un vice-président de région Vert et son assistant de groupe au Conseil régional pour leur filer un sérieux coup de main. Comme la plupart des élus verts, ils parrainent des sans-papiers pour les aider à s’en sortir dans la jungle des démarches administratives dissuasives et de l’arbitraire policier répressif. Leila, réfugié tchétchène depuis un peu plus d’un an, ne parle pas français. Heureusement, le jeune vert de Sciences Po est polyglotte, il servira donc d’intermédiaire. On la met en relation avec la commission de la petite enfance, on lui trouve des cours de langue gratuits à la CIMADE, on lui dégote une carte de bus verts (cela ne s’invente pas, c’est une proposition du conseil régional) pour qu’elle puisse effectuer ses démarches. C’est un peu long, c’est pourquoi le jeune Vert arrive en retard à l’action coup de poing de « révolution écolo » : une piste party. L’idée c’est que comme des élus de droite se disent écolos mais nous font sur le terrain des demi-pistes cyclables, nous on finit le boulot. La presse est là, la télévision aussi : vive le CSA et l’égalité de temps de parole ! Le midi, le jeune Vert convainc une militante associative qui veut aider des personnes handicapées dans des CAT en leur proposant de participer à la mise en place de parcs à vélo et de plans de déplacement dans les entreprises, et qui en tant qu’avocate attaque par ailleurs l’Etat pour non respect des droits des détenus et de leurs familles, que la solution à ces préoccupations est politique. C’est décidé, elle viendra avec sa mère chasseuse au meeting du lendemain.
Vendredi : encore un marché. L’occasion de revoir un ancien prof d’ES, un ancien moniteur d’autoécole, un ancien professeur de littérature… et de les convaincre de venir au meeting. C’est la fête toute la journée, à coups de cidres et de diffusion massive. Et puis l’explosion du soir : 600 personnes (on ne ment pas sur les chiffres aux Verts, n’est-ce pas messieurs de la porte de Versailles ?). Parmi eux, beaucoup d’indécis qui ont été convaincus. Par Michel Rousselet, qui milite contre les lignes Très Haute Tension nocives pour la santé. Par Giles-Eric Séralini qui dénonce la culture du secret dans l’administration française et vient de démontrer la nocivité de l’OGM Mon 863 sur des rats. Par Michelle Rivasi, sémillante et courageuse ancienne directrice de Greenpeace, de la CRII-RAD, qui dénonce l’absence de courage politique contre les radiations nucléaires et électromagnétiques. Par Dominique Voynet, enfin, capable de tenir à elle seule une salle en haleine et de démontrer la force et la sincérité de son engagement.
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