100 000, 200 000, 300 000? En fait, si la grande messe de droite n'avait pas réuni plus de 23 000 personnes, comme l'avait par la suite révelé "Le Canard enchaîné", le budget qui avait été dépensé pour ce show de pseudo rock star était déjà trois fois supérieur à celui dont les Verts disposent pour toute la campagne! Face à ce "mur de l'argent", les écolos ont appris à faire beaucoup avec peu, à vivre "mieux avec moins", comme le disait hier avec beaucoup d'à propos Yves Cochet, beau joueur.

C'était galvanisant. Une salle magnifique et pleine à craquer, une foule en délire (surtout les Jeunes Verts de Sciences PO, represent) sous un globe terrestre immense en guise de lustre. Décor orangé sans tomber dans le criard centriste, végétation luxuriante sans être envahissante, travées débordantes d'énergie et de joie de vivre. Des "grands" tels que notre économiste en chef Pascal Canfin ou notre génialissime porte-parole Anne Souyris sont restés debout sur les côtés pendant toute la durée, suspendus au souffle puissant qui hérissait les poils de tous les militants!

On chante, on chante "c'est l'histoire de la vie" version Disney ou "on va gagner" version kop. "Tous les enfants de mon quartier" version urbaine ou "c'est l'hymne de nos campagnes" style rural. On chante, on chante et on s'impatiente. Nos intervenants se font désirer.

Enfin, vers 20h30, Cécile Duflot, notre secrétaire nationale, prend le micro avec son charmant chemisier blanc qui tranche agréablement avec le décor flamboyant. Elle prend fait et cause pour un parti de militants courageux et conséquents, qui ne vont pas voir ailleurs quand l'urgence écologique est là, et que les réponses, c'est les Verts qui les ont!

Puis vint le tour de Denis Baupin, maire du 2nd arrondissement, maire-adjoint de Paris chargé de transport, tête de liste des Verts pour les prochaines municipales en 2008. Il répond à ceux qui prétendent aimer l'écologie mais maltraitent les écologistes, le traitent de Khmer Vert, d'Ayatholah parcequ'il a osé remettre en cause dans la capitale le règne de la sacro-saint bagnole, parcequ'il a réussi à mener jusqu'au bout le projet de Tramway, parcequ'à son initiative, les Rmistes pourront voyager gratuitement dans les transports en commun. Il promet pour l'avenir plus de soutien avec la proche banlieue. Il fustige les solutions qui "boboiseraient" Paris au détriment de ces cités. Il rappelle que les transports en commun ne sont pas seulement une réponse à l'urgence écologique, mais aussi à l'urgence sociale pour sortir les quartiers de leur isolement. Le soutien est patent : "à l'hotel de ville" entonent ceux qui voient plus loin que le bout des législatives!

On demande un moustachu aux yeux clairs et aux cheveux grisonnants: je veux parler d'Alain Lipietz. Un Alain des grands soirs, tour à tour prof, tribun, philosophe, traducteur, homme à tout faire! Qui cite Valéry ("le monde est fini") et Dostoievski! Qui se lance dans une longue diatribe contre cette campagne "merdique" ou les deux candidats autoproclamés n'ont "rien à dire", "rien à proposer" pour répondre aux problèmes des français dans un monde globalisé. "Pourquoi pas des partis mondiaux"? Lance-t-il. Il appelle à la relance de la construction d'une région qui "produite presque tout ce qu'elle consomme et consomme presque tout ce qu'elle produit" : l'Europe! "Pourquoi faire un effort si mon voisin n'en fait aucun? Pourquoi voter Vert, si mon voisin ne vote pas Vert"? Question rhétorique : "pourquoi se lever le matin si mon voisin reste couché"? A noter aussi, ce formidable sens de la formule qui le caractérise : Les industriels parlent de bio-carburants. Nous parlons pudiquement d'agro-carburants. Lorsqu'on voit les conditions de production dans les pays d'Afrique ou d'Amérique du sud de carburants pour les bagnoles américaines, on devrait parler de "négro-carburants"!

Yves cochet nous parle ensuite du rapport du Groupe Intergouvernemental sur les Etudes Climatiques qui sort aujourd'hui, mais dont on connaissait déjà les grandes lignes : les fleuves, 10 merveilles du monde sont menacés à court terme. L'important n'est pas tant l'élévation de la température moyenne du globe que la multiplication d'évennements climatiques extrèmes. Yves Cochet, sur ce sujet, à été court mais bref. Et percutant, comme toujours. Sa voix de stentor dans nos tympans vibre encore.

Le président de France Nature Environnement était venu "par honneteté intellectuelle", reconnaître l'énorme travail de terrain accompli par les Verts aux côtés des écologistes de la France entière. Le président de la Confédération paysanne souligne les nombreuses convergences de nos deux formations sur l'agriculture.

Après l'intervention d'autres "grands témoins", vint le moment tant attendu, celui de notre candidate supra-méga-méta nationale, Dominique Voynet! Un monstre d'énergie qui nous parle calmement de sujets techniques: les sondages, l'éducation, l'agriculture, de cette campagne qui se déroule devant les différents "corps de métiers" sans que jamais un projet global cohérent ne soint explicité. Viennent alors les moments forts : celui du petit parti aux grandes idées, celui de la candidate qui peut regarder la Mme Royal dans les yeux, les doigts des deux mains en "Peace & Love" ou en V, et dire "sur l'écologie, je n'ai de leçon à recevoir de personne". A écouter son discours, sur l'identité sociale, l'économie, le social et la politique internationale (intervention au Darfour, fin des courbettes sur les sujets de la Tchétchénie ou du Tibet pour que Poutine ouvre les robinets et la Chine nous achète du nucléaire et des avions), c'est plutôt nous qui avons un message à porter aux autres! Il nous reste quinze jours pour le faire. Comptez sur nous!

Le "grand parti" de l'écologie qu'elle veut voir naitre à l'issue de cette campagne à de beaux jours devant lui, et d'excellentes bases pour partir du bon pied!

Prochaine étape : la capitale normande CAEN, le 13 avril. A moins de deux heures de Paris en train, venez nombreux (solutions d'hébergements et de cidrage gratuit garanties)