A l'occasion des commémorations pour le 62e anniversaire de la libération du camp d'extermination d'Auswitch-Birkenau, l'UEFJ sciences-po invite toutes les associations politiques à lire un témoignage le vendredi 26 janvier à 12h15 dans le jardin de Sciences-po. Le texte choisi par les Jeunes Verts de Sciences-Po est le suivant:

Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivant

Vous qui passez bien habillés de tous vos muscles, un vêtement qui vous va mal, qui vous va à peu près, vous qui passez, animés d’une vie tumultueuse aux artères et bien collée au squelette, d’un pas alerte sportif lourdaud rieurs renfrognés, vous êtes beaux, si quelconques, si quelconquement tout le monde, tellement beaux d’être quelconques, diversement, avec cette vie qui vous empêche de sentir votre buste qui suit la jambe, votre main au chapeau, votre main sur le coeur, la rotule qui roule doucement au genou, comment vous pardonner d’être vivants…

Vous qui passez bien habillés de tous vos muscles, comment vous pardonner, ils sont morts tous. Vous passez et vous buvez aux terrasses, vous êtes heureux elle vous aime, mauvaise humeur souci d’argent, comment comment vous pardonner d’être vivants, comment comment vous ferez vous pardonner par ceux-là qui sont morts, pour que vous passiez, bien habillés de tous vos muscles, que vous buviez aux terrasses, que vous soyez plus jeunes chaque printemps. Je vous en supplie, faites quelque chose, apprenez un pas, une danse, quelque chose qui vous justifie, qui vous donne le droit d’être habillés de votre peau de votre poil, apprenez à marcher et à rire, parce que ce serait trop bête à la fin, que tant soient morts, et que vous viviez sans rien faire de votre vie.

Je reviens d’au-delà de la connaissance, il faut maintenant désapprendre, je vois bien qu’autrement je ne pourrais plus vivre. Et puis mieux vaut ne pas y croire à ces histoires de revenants, plus jamais vous ne dormirez, si jamais vous les croyez ces spectres revenants, ces revenants, qui reviennent, sans pour même expliquer comment.

Extrait : Auschwitz et après “Une connaissance inutile” de CHARLOTTE DELBO. Editions de minuit