Compte-rendu de la conférence "L'avenir des gauches en France"
15 06 2006Voici un compte-rendu des interventions de Dominique Voynet, Henri Emmanuelli et Patrick Braouzec lors de la conférence sur "L'avenir des gauches en France".
Les trois questions posées aux intervenants :
Qu’est ce qu’être de gauche en 2006 et en 2007 ? Qui est de gauche qui ne l’est pas ?
Quel est rôle va jouer la gauche dans l’avenir ?
Faut-il une gauche unie, une gauche plurielle ou une pluralité des gauches ?
Dominique Voynet
Il est difficile de tracer des perspectives d’avenir sans revenir sur les actions passées. Les analyses sur la période Jospin sont partagées : « gouvernement le plus à gauche en Europe » (Robert Hue) ou amalgame Chirac/Jospin, il faudrait donc revenir sur les avancées, les reculs et les contradictions et sur la méthode. L’intérêt n’est pas seulement historique à un moment où la gauche glisse vers des idées qui étaient auparavant le domaine réservé de la droite.
La « commande politique » passé à la gauche plurielle était celle de la baisse du chômage, ce qui a été réussit dans un premier temps, mais aux dépends des précaires et par une flexibilité insupportable pour les plus pauvres. Il faut assumer ce bilan, mais aussi comprendre pourquoi le mécanisme s’est enrayé. La cohabitation et le blocage institutionnel n’y sont pas pour rien, mais il y a aussi eu ambiguïté au sein de la gauche plurielle, qui a d’abord été une richesse mais s’est peu à peu transformée en cacophonie et en donnant/donnant.
Le cadre français est difficile à respecter car beaucoup de problèmes se jouent à une échelle plus large (chômage et précarité, conflits pour les ressources). Pour autant il faut cesser de faire croire que tout est mieux ailleurs.
Les différentes composantes de la gauche doivent débattre, car elles ont des traditions différentes et il est nécessaire d’adapter les idées à la réalité actuelle.
Trois points essentiels devront être pris en compte : la crise écologique, la mondialisation et le fait urbain. La crise écologique est une évidence et elle touche avant tout les plus pauvres, il est clair que le modèle occidental n’est pas exportable. La mondialisation suppose, elle, autre chose que des discours idéologiques ; les règles nationales ne sont pas menacées mais bouleversées. Le fait urbain est trop peu souvent analysé par la gauche et sous-traité aux élus locaux qui jouent le rôle de lobbyistes.
Etre de gauche c’est s’obstiner à faire vivre des valeurs anciennes (justice sociale…) dans un monde qui bouge. Pour répondre aux problématiques actuelles, il faut revivifier le débat public, promouvoir la pluralité économique et aborder les questions sociales en pensant aussi à l’écologie. Cela concerne tous les citoyens.
Henri Emmanuelli
A la distinction gauche/droite très française, il faudrait préférer celle de progressistes/conservateurs. Les fondamentaux et les valeurs de la gauche varient, certaines passent même dans le camp conservateur (nation, natalité…).
Les mots qui pourraient définir la gauche sont l’égalité, associée à l’idée de justice sociale et la liberté. Cependant la gauche est diverse, certains restent crispé sur des sujets comme le partage des richesses ou les biotechnologies. Il y a toute une « gamme » de progressistes. La gauche n’est pas une religion ou un dogme, mais une fonctionnalité au service de certaines valeurs, pas de modèle préétabli, mais l’objectif de mise en place de certaines valeurs dans la société.
Aujourd’hui on a un triomphe idéologique écrasant du libéralisme économique, mais pour autant la gauche n’est pas obsolète. Elle doit exprimer son refus d’un système inégalitaire et violent, dont naît la crise écologique et proposer une société alternative.
Il est inquiétant de constater l’actuelle dépolitisation, le glissement vers le sociétal, car quand la politique recule, la droite avance.
Patrick Braouzec
La gauche doit avant tout rester à gauche et ne pas se laisser entraîner sur le terrain idéologique de la droite. Son objectif doit être de battre la droite en 2007.
Depuis 1920, il y a deux grands courants, réformiste et révolutionnaire. Les descendant de ces deux gauches doivent travailler ensemble. Il ne suffit pas de s’en tenir aux étiquettes pour savoir ce que c’est qu’être de gauche. La notion fondamentale toujours présente est celle d’une société de classe, il y a ceux qui vivent de leur travail et les autres. On essaye d’opposer les jeunes aux vieux, les immigrés aux français… être progressiste c’est refuser ces distinctions. Etre de gauche c’est aussi aborder tous les sujets de société. Nous sommes dans une société inégalitaire et il faut parler de justice sociale et d’égalité. Etre de gauche c’est considérer le devenir de la planète comme élément majeur de toute question politique. C’est accepter de partager les richesses et de voir qu’on est dans un processus mondial de ségrégation. Les politiques de solidarité et de solidarité doivent s’opposer à ce phénomène et donner un sens à la mondialisation.
Nous sommes dans une société en mutation, qui crée de nouvelles lignes de partage. Les démarcations anciennes sont souvent dépassées. La hiérarchie est une organisation qui n’est plus valable dans ce cadre et les partis politiques doivent répondre à ce défi, se réorganiser. Les réseaux prennent souvent le dessus. Si la gauche vient aux responsabilités (ce mot est préférable à celui de pouvoir), elle devra faire avec les gens et non pour eux, avec ceux qui ont réellement intérêt à une changement politique, les quartiers populaires, premiers concernés par le fait urbain dont parlait Dominique Voynet.
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