Notre responsabilité européenne
29 03 2005Lettre ouverte aux membres des Verts par Alexis Prokopiev
Le référendum national sur la ratification du Traité établissant une Constitution européenne approche. Les référendums internes du parti Socialiste et des Verts sont déjà passés et vous en connaissez tous les résultats, le « Oui » l'a emporté dans les deux cas mais avec une très faible avance sur le « Non ». Cette hésitation des militants est tout à fait compréhensible, ce projet constitutionnel est loin de la perfection et il est inutile de le cacher. On peut reprocher aux conventionnels européens d'avoir fait un texte trop long, pas assez compréhensible, pas assez abordable. Certains lui reprochent d'être trop précis sur des points qui sont inutiles dans une Constitution, d'autres, au contraire, critiquent l'absence de cette précision. Ce texte met hors d'eux les libéraux britanniques à cause de l'objectif de création d'une « Europe sociale » alors que des voix s'élèvent chez nous pour dénoncer la présence de la libre concurrence européenne. Ce paradoxe révèle bien la nature de ce texte et la procédure par laquelle il a été crée car cette Constitution est un grand compromis auquel les conventionnels européens sont arrivés par un difficile chemin de négociations et de débats. On peut ne pas aimer le compromis, dire que c'est pas audacieux, que ça enlève toute la partie intéressante mais il faut se rendre compte qu'en ce moment il était difficile de faire mieux.
Certes, on peut dire qu'il est trop tôt, qu'avant de créer une Constitution il faut avoir une identité, un sentiment européen profond au sein de la population. Toutefois, ce sentiment profond ne se crée pas du jour au lendemain et la construction européenne doit avancer, doit prendre un nouvel élan pour refuser la stagnation et le déclin européen. Car il y a bien déclin et sans donner à l'Europe et à ses dirigeants les possibilités d'agir vite et en commun il sera difficile de lutter. Ce texte ne va pas révolutionner le fonctionnement de l'Union Européenne, le vote à la majorité qualifiée pour tous les sujets ne sera pas mis en place comme d'ailleurs un vrai budget européen ou un système de taxations commun. Mais c'est tout de même un progrès. La mise en place d'un ministre des affaires étrangères, la démocratisation des institutions, plus de pouvoirs pour le Parlement ou le développement durable comme objectif de l'Union sont des avancées peu négligeables. Surtout, l'UE ne peut fonctionner correctement avec un texte aussi mauvais qu'est le Traité de Nice, un grand pas en avant tel que sera la Constitution européenne est absolument nécessaire.
Mais au-delà de tous ces arguments, de tous ces propos, une chose est fondamentalement importante. C'est pour cela que voyant les débats qui font en ce moment rage au sein de notre parti, étant seulement jeune membre des Verts, j'ai décidé de vous adresser cette lettre pour vous appeler à la responsabilité liée aux valeurs de notre parti, résolument européen et progressiste. Je vous appelle donc à surmonter les débats internes et à fermer un peu les yeux sur les imperfections de ce texte pour aller voter et voter « oui » au référendum sur la Constitution européenne. Regardez qui sont ceux qui militent le plus ouvertement pour le « Non » : front national, souverainistes, communistes staliniens, ultralibéraux britanniques, ultranationalistes polonais, néo-conservateurs tchèques, la droite dure italienne. Même si vous êtes en désaccord avec leurs idées en votant « Non » vous leur donnez raison.
La France fait partie des pays fondateurs de l'Union Européenne. Elle a toujours joué un rôle majeur dans sa construction, elle est le pilier de l'Europe sans lequel tout s'écroule. Imaginez maintenant que les défenseurs du « Non » gagnent lors du référendum et la France refuse de ratifier ce Traité. Ce refus aura des conséquences graves, il arrêtera la construction européenne pour une période indéterminée et décrédibilisera la France sur la scène internationale, ses partenaires européens se montreront aussi méfiants envers elle. Nous devons en être conscients et en cas de catastrophe nous en serions les premiers responsables. Personne ne profitera de cette situation à part les nationalistes et les puissances non européennes ou anti-européennes qui n'hésitent pas, par tous les moyens, de décrédibiliser et de freiner la construction européenne qui pourrait les concurrencer dans leur hégémonie.
Je vous appelle donc à soutenir la direction de notre parti qui s'est engagée pour mener une campagne pour le « Oui ». Nous devons mettre de côté nos rancoeurs, faire ainsi ne signifie pas réduire sa propre liberté ou se soumettre à une autorité supérieure, à l'avis de quelqu'un, militer pour le « Oui » signifie faire preuve de civisme et se montrer responsable. Le futur de l'Europe est entre nos mains, nous devons en être conscients.
Prokopiev Alexis Membre des Verts à Montreuil (93)
alexei.prokopiev.free.fr
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