L'entretien: Andrée Buchmann
Par fred le lundi, janvier 10 2005, 15:56 - nous lire - Lien permanent
Entretien avec Andrée Buchmann, Conseillère Régionale Verte (Alsace), Présidente de l'Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur. Andrée Buchmann a participé à la fondation des Verts français.

1. Aujourd'hui Conseillère Régionale, comment définis-tu les différences entre un élu Vert et un autre? Comment travailler pour la société quand on est dans le seul Conseil Régional métropolitain de droite?
Les élus Verts sont des élus militants. Ils sont très actifs avec la détermination de faire évoluer les politiques, par exemple de l'environnement, des relations nord-sud, de l'agriculture.... La culture politique de l'Alsace s'inscrit plus dans la tradition rhénane de recherche de consensus que dans celle de la confrontation droite-gauche à la française. Le Président actuel, Adrien Zeller, excelle dans cette approche, qui lui réussit politiquement. Les propositions de l'opposition sont reçues, et souvent mises en oeuvre. Cela complique le travail politique de l'opposition tenaillée entre la nécessité, à la Région, de soutenir des initiatives proches de ses idées, par exemple sur des thématiques énergétiques ou autres, et d'affirmer son opposition. Notre souci consiste à rendre visible les clivages. Ils sont par exemple apparus lorsque le Groupe Vert a proposé une motion pour un débat public autour du projet autoroutier de contournement de Strasbourg. Certains élus de droite se sont prononcés en faveur de l'infrastructure. Néanmoins le Président a renvoyé la motion en Commission Permanente car il craignait que trop de voix de droite nous rejoignent, ou s'abstiennent.
2. Si en 2005 les Verts étaient à nouveau au pouvoir en France, que devraient-ils faire? Quels sont les problèmes les plus criants aujourd'hui? Comment cela se traduit-il dans ta région?
La France n'a pas fait preuve d'anticipation sur des problématiques mondiales, notamment environnementales. Elle est en retard sur l'innovation. Je pense qu'un des grands problèmes est celui du logement. Il est inacceptable que le nombre de sans domicile fixe soit si élevé. Il est inconcevable que des personnes soient en difficulté, à la rue alors qu'elles travaillent et ont des ressources, qu’elles soient contraintes à des loyers exorbitants, et/ou qu’elles vivent dans des logements dégradés. De plus, la politique de logement social est souvent misérabiliste. Le coût subventionné du mètre carré est trop faible pour avoir une approche environnementale dans les réhabilitations ET les constructions neuves. Ainsi on case les locataires dans des appartements mal adaptés aux besoins, aux plafonds trop bas (la nouvelle règlementation admet des hauteurs à 2,30m, ce qui est insuffisant). En Allemagne ou en Suisse, l’approche est plus optimale. Dans ma région, le défaut de prise en compte de l'environnement se traduit par - des quartiers urbains et périurbains parfois peu agréables à vivre, où les espaces verts sont de décoration et non d’usage; - par un gaspillage d'espace en zone rurbaine avec les lotissements alors que, au regard de la densité de notre région, il faut arrêter cette gabegie (1 000 ha disparaissent par années), réinvestir les friches et offrir de la nature de qualité en ville et aussi à la campagne.
3. L'Europe est plus que jamais d'actualité, et tout particulièrement dans ta région, l'Alsace. Comment juges-tu du débat sur la Constitution européenne, ou encore sur l'éventuelle adhésion de la Turquie à l'UE?
Dans le domaine environnemental, c'est grâce à l'Europe que beaucoup de mesures ont pu être prises en France. Et pourtant de nombreuses règlementations ne connaissent pas encore de transcription en droit français. Je suis favorable au Oui, et à l'adhésion de la Turquie. En effet, la Turquie est un pays de culture européenne, laïc, où les femmes votent depuis Ata Turc; il lui reste encore du chemin à parcourir, notamment sur la question des prisonniers politiques et de la reconnaissance du génocide arménien, ... pour l'intégration, mais que la démarche lui permettra probablement d'accomplir. Les Alsaciens, pour leur part, sont très pro-européens car ils ont trop souffert des guerres et des conflits. Ils préfèrent les voies de la diplomatie et de la démocratie.
4. Tu présides l'Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur. En quoi la question des pollutions domestiques constitue-t-elle un objet de préoccupation, notamment sanitaire? Est-elle liée aux autres pollutions?Quelles sont les populations les plus touchées?
Les populations les plus touchées sont bien sûr celles qui vivent dans un logement dégradé, dans un environnement pollué ( près d'une autoroute, ou d'une usine, par ex). L'accessibilité au plomb est bien sûr liée aux peintures anciennes dans des logements insalubres. Mais on retrouve des polluants, notamment le benzène et le formaldéhyde, un peu partout. Lorsque les prises d'air neuf sont contigües à un parking, par ex, l'air intérieur est vicié, quelle que soit l'implantation de l'immeuble. Les légionnelles issues des tours aéro-réfrigérantes et de conduites d'eaux peuvent contaminer l'air de tout lieu. Notre comportement aussi doit évoluer : les produits d'entretien que nous utilisons au quotidien émettent des composés organo-volatiles, limitons-les; et n'hésitons pas à ouvrir les fenêtres pour aérer. Les médecins nous rendent attentifs à la progression rapide des allergies et de l'asthme, dont une partie, ainsi que pour d'autres pathologies, notamment des cancers, est lié à l'environnement. Un des objectifs, notamment du Plan National Environnement Santé ( encore une bonne obligation de l'Europe) dont l'Observatoire est devenu un des outils, est d'agir sur l'environnement pour diminuer les risques sanitaires. La notion de santé environnementale commence à émerger en France. Aussi, il vaut souvent mieux agir sur l’environnement pour éviter que les maladies se déclarent plutôt que de se placer exclusivement dans une logique de remédiation, logique très onéreuse. Lutter contre le déficit de la Sécu, c’est aussi réduire les occurrences de tomber malades.
...5. On voit donc que l'écologie politique couvre davantage que la protection de l'environnement au sens strict!
Ecologie signifie connaissance de la maison, et économie organisation de la maison. Pour organiser il vaut mieux connaître. L'écologie politique couvre tout le champ de la société, avec une grille d'analyse et des propositions particulières. Par exemple, sur les questions d'énergie, qui sont essentielles... Comment développer des politiques qui permettent à la fois de diminuer les besoins en énergie, et d'en accroître l'efficacité.
6. Tu as participé à la fondation des Verts français, il y a un peu plus de 20 ans. Qu'est-ce qui a motivé ton engagement à l'époque? Quelle est la principale réussite des Verts jusqu'à présent? Quels défis, quelles conséquences en tirer pour l'avenir?
J'étais très engagée dans les luttes écologiques à un moment où nous étions considérés soit comme des doux rêveurs, soit comme des fous dangereux, soit comme des menaces pour le système productiviste. En 1992, par exemple, certains scientifiques ont lancé l'Appel de Heidelberg pour protester contre la Conférence de Rio. Et Luc Ferry a commis un ouvrage sur commande du pouvoir : "Le Nouvel Ordre écologique" que j'ai trouvé scandaleux. Beaucoup d'intellectuels français étaient (sont?) anti-écolos. Il nous fallait dès 1984 un outil pour entrer dans les assemblées, apporter une nouvelle expertise et réorienter les politiques. Les partis verts se sont mis progressivement en place dans le monde entier. Et nous avons toujours une approche transnationale. Ainsi, les Verts ont constitué, à Rome en 2004, un Parti Vert européen. La grande réussite des Verts est d’apporter des réponses globales ( « nous n’avons qu’une seule terre ») à une problématique mondiale, tout en renouant avec l’individuel et le local. C’est le slogan : "penser globalement, agir localement". Les Verts dans les assemblées, c'est une expertise, mais également l'introduction de démarches participatives, la volonté d'ouverture à l'ensemble de la société dans sa diversité ( faire élire des personnes d'origine étrangère, faire admettre les différences sexuelles, ...) et bien sûr établir des modalités pour que les femmes occupent toute leur place. Le principal défi à relever maintenant c’est de continuer à diversifier notre composition, pour que les Verts représentent effectivement l’ensemble de la société.
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