La télévision publique dit adieu à la publicité… et TF1 dit merci.
9 01 2008Lors de la conférence de presse du 8 janvier 2008, Nicolas Sarkozy a, entre mille autres choses, proposé la suppression du financement par la publicité des médias étatiques.
Cette idée est défendue par les Verts depuis leur création, et si nous pourrions nous en féliciter, de nombreux éléments nous font craindre le pire.
En effet, cette mesure était aussi réclamée par TF1 depuis de nombreuses années, et non pour les mêmes raisons.
Le 9 janvier 2008, l’action de TF1 bondissait de 9%. Alors que son audience a entamé une (relative) chute depuis l’année dernière, que le marché publicitaire se contracte, voilà de quoi redonner du baume au cœur à Patrick Le Lay. Celui qui, avec son arrogance habituel, mettais au défi quiconque « de prouver que TF1 a fait mon élection » aurait-il trouvé le meilleur moyen de remercier son ami Martin Bouygues de l’attitude si clémente de la première chaîne européenne?
Le contexte rend cette annonce extrêmement paradoxale. Alors même que le débat fait rage à Radio France après que son directeur a annoncé l’ouverture du service public aux annonceurs privés, se targuant de soutiens gouvernementaux, alors même que des revendications similaires surgissent du côté des dirigeants de France Télévision, il convient de se poser la question des enjeux cachés de cette décision. Le manque à gagner que supposerait cette mesure serait compensé, dixit Nicolas Sarkozy, par une « taxe infinitésimale sur le chiffre d'affaires de nouveaux moyens de communication, comme l'accès à internet ou la téléphonie mobile ». Or, le mois dernier, le ministre du budget se demandait, rhétoriquement, lors de débats parlementaires sur une toute autre question, s’il fallait « taxer cette activité naissante, au risque de freiner son développement ?».
Finalement, nous pouvons nous poser de sérieuses questions sur l’avenir des chaînes publiques. Qui garantit que, si France Télévision revient vers une programmation de qualité et perd des « quotes-parts » devenues secondaires, Nicolas Sarkozy ne reviendra pas dans trois ans parler de l’aberration que constitue le financement de chaînes à l’influence si faible? Et que penser de l’indépendance des médias publics, à l’heure où Nicolas Sarkozy remet en cause l’existence du CSA, qui sera remplacé par une Autorité aux pouvoirs et à l’indépendance statutairement bien moindres? Alors que la presse a dénoncé de nombreuses fois les pressions subies de la part de Nicolas Sarkozy, il convient de rester en garde.