Aujourd'hui, les députés de la majorité ont voté le projet de loi sur la récidive, dit « loi Dati », prévoyant la création de centres fermés.
Y sera incarcéré (car il s'agit bien de prisons et non de centres médicaux, comme le prétend le gouvernement) tout criminel étant considéré comme dangereux par une commission, et non un juge ! La peine, rétroactive, sera renouvelable par paliers d'un an. A vie.
Un nouveau pas vient d'être franchi, et s'il faut se garder de comparaisons malheureuses, cette inquiétante mesure n'est pas sans rappeler certains régimes peu regardants sur les droits de l'homme. Dans un premier temps prévue pour les pédophiles récidivistes, la disposition a été élargie par amendements parlementaires à tous les coupables de crimes avec circonstances aggravantes. Après l'amendement Mariani, voilà qui n'est pas rassurant.
Il reste un espoir, celui du Conseil Constitutionnel. Quoi que ses membres soient nommés par la famille politique de Nicolas Sarkozy depuis maintenant 13 ans, et malgré l'exemple des tests ADN, il est l'ultime rempart possible à une mesure qui ouvrirait en France la possibilité d'un emprisonnement à vie, discrétionnaire, échappant à tout contrôle judiciaire.
Cette loi va être adoptée dans un contexte de développement de la vidéo-surveillance et des puces RFID, de la multiplication des arrestations préventives et des prises d'empreintes digitales, d'une politique déshumanisante de chasse aux sans-papiers, de pressions sur la justice, sur les journalistes d'investigation, de mépris généralisé de la présomption d'innocence… la possibilité d'un enfermement à vie discrétionnaire n'est qu'une mesure parmi tant d'autres d'un projet de société où la victime est glorifiée, le citoyen surveillé et la peur instillée. On redécouvre Michel Foucault et le bio-pouvoir et le désarroi s'empare du « peuple de gauche » qui, en l'absence de tout leader crédible, ne sait comment prendre les armes.
En tant que jeunes politisés, nous sommes les premiers concernés. Nicolas Sarkozy est entrain de bâtir la société dans laquelle nous, et non nos actuels dirigeants, vivrons. Nous qui vivrons avec la peur d'une utilisation politique de cette multiplication de mesures liberticides, nous qui subirons des pressions qui se font déjà peu discrètes. La suppression programmée du CSA et de la CNIL, qui seront remplacés par des Autorités à l'indépendance et aux pouvoirs structurellement moindres, sont un avertissement qu'il ne faut pas ignorer.
La constitution sur laquelle s'appuie notre République ne prévoit aucun barrage autre que le Conseil Constitutionnel au développement d'un pouvoir personnel et autoritaire. S'il ne s'agit pas de soupçonner Nicolas Sarkozy d'intentions malveillantes, les réformes actuellement menées lui donnent, à lui comme à ses successeurs, les possibilités d'exercice de celui-ci. Cela est inacceptable.
Ce ne sont pas des menaces diffuses dont il s'agit. La multiplication des arrestations préventives de ces derniers mois témoignent d'une utilisation de plus en plus politisée de la police. Avant-hier encore, alors qu'il se rendait à une manifestation de soutien à José Bové dans sa lutte contre les OGM, notre coordinateur lillois a été arrête, conduit au poste et enfermé une journée entière sous prétexte d'une traversée hors des clous ! Ces actes, qui sont quotidiens dans la France entière, ces « violences douces » qui instillent de la peur tout en n'étant pas assez retentissantes pour attirer les médias, sont inacceptables et constituent un abus de pouvoir flagrant.
Solidaires de sa cause mais impuissants, nous appelons les citoyens à refuser cet exercice excessif du pouvoir et à entrer en désobéissance civile. Du fauchage des champs OGM à la défense des sans-papiers, en passant par le refus du fichage génétique et des prises d'empreinte digitales, les possibilités sont nombreuses d'entrer en opposition pacifique contre ce gouvernement. L'absence totale de crédibilité et de forces d'oppositions au sein de la gauche nous pousse aujourd'hui à penser que les meilleurs leviers pour s'opposer à ce projet de société sont les actions individuelles et le regroupement associatif.
La gravité des derniers événements nous ont convaincu de la pertinence et de l'importance de cet appel et les Jeunes Verts Paris IDF en assument seuls et entièrement les conséquences. Ils relaieront toutes les actions relevant de ce domaine, tant que leur caractère non-violent et non-dégradant est attesté.
11 janvier 2008