Selon les derniers rapports du GIEC, il apparaît essentiel de limiter le réchauffement climatique à 2°C. Au-delà de ce seuil peuvent s’enclencher des boucles de rétroaction positives1 qui emballeront la machine climatique. Au-delà de ce seuil, effectivement, nous n’aurons plus aucune emprise sur le système Terre. Pour remplir cet objectif des 2°C, il faut principalement :
Pour les Pays industrialisés : réduire les émissions de 40% en 2020 (/1990)
Pour les Pays en développement : « dévier » de 15 à 30% en 2020
Un soutien du Nord vers le Sud : de l’ordre de 120 à 200 milliards d’euros par an d’ici à 2020
Copenhague n’est donc pas seulement un Sommet International du Climat comme nous en avons déjà connu ces dernières années. Durant le mois de décembre peuvent être véritablement fixés les futurs objectifs climatiques pour les décennies à venir, et, c’est ici la particularité, peuvent de redéfinir les rapports des pays Nord/Sud, au niveau politique et économique. Aujourd’hui, en effet, 80% des gaz à effet de serre accumulés viennent du Nord, alors que 80% des impacts néfastes ont lieu au Sud ! Cela passe donc par des transferts de technologies et de fonds du Nord vers le Sud, mais aussi d’engagements forts de réduction et une capacité, notamment du Sud, de faire respecter ces engagements localement. On pense notamment à l’Indonésie ou à la Malaisie, où la déforestation est dénoncée en façade lors des négociations internationales, mais demeurent largement réalisées localement à travers un « laissez-faire » aveugle.
Alors, quel accord ?

Aux vues du graphique, on observe que malheureusement ce sont toujours les pays au faible poids géopolitique, ceux-là même qui sont les plus touchés par le changement climatique, qui gardent une forte volonté pour un accord ambitieux. Ils sont représentés en vert. En bleu, ce sont les puissants, ceux qui feront l’accord. La Russie et l’OPEP2 n’ont aucune ambition pour le succès d’un accord. Cette première reste néanmoins capable du pire comme du meilleur, et peut faire durer les négociations jusque très tard dans la dernière nuit. Enfin, les pays en jaune sont qualifiés de « swing states ». Autrement dit, ce sont eux qui peuvent faire pencher la balance en faveur ou non d’un consensus. Leur rôle demeure crucial, dans l’optique de faire face à des chinois ou des américains plutôt tièdes.
Il existe justement, toujours, de nombreux points de blocages, qui peuvent faire de ce Sommet un échec programmé. Nous en citerons notamment trois. Le premier, surnommé « the brick »3, fait référence à l’état actuel du futur traité, comprenant toutes les conditions portées par chacun des pays dans un « pavé » de 400 pages. Bangkok a permis d’en éliminer 200 déjà. Mais dans l’optique d’atteindre les 30 pages d’un document clair, énormément de temps sera nécessaire. Y en aura-t-il assez à Copenhague ? Second point de blocage, le droit de regard international. Pour que l’accord soit efficace, une instance internationale doit obtenir le droit d’inspection dans tous les pays signataires pour vérifier l’effectivité de l’application du dit accord. Toutes les nations accepteront-elles cette condition ? Enfin, et non pas par ordre d’importance, le Congrès américain porte sur ses épaules la responsabilité du succès. A Washington les réticences demeurent puissantes, encore plus à cause de l’arrivée synchrone du débat sur la réforme du système de santé. Même au sein de la population, le changement climatique n’est pas vu comme une priorité, bien qu’il soit considéré comme un problème sérieux par 75% de la population. Obama pourra-t-il devancer son Congrès et s’engager réellement à Copenhague ?
Ces questions demeurent ainsi en suspens, et font craindre l’échec du Sommet. Un échec serait signifié par l’impossibilité de trouver un accord, mais encore plus par l’entente sur un accord vide. Il serait en effet catastrophique pour notre civilisation et notre planète si un tel accord, désert d’engagements concrets, puisse être signé à Copenhague. Les gouvernements se targueraient d’avoir rempli leur mission, la presse, on l’imagine, prétendrait la même chose, ou au pire le qualifierait d’un premier pas vers un mieux, alors qu’au final un accord vide ne représenterait que la continuité dans l’immobilisme, un premier pas vers le chaos ! Un mot d’ailleurs à ce propos. Les gouvernements de l’Union Européenne parlent aujourd’hui d’un engagement fort par une réduction de 20% de leurs émissions pour 2020 (par rapport à 1990). Mais il faut savoir que depuis l’intégration des pays de l’Est dans l’Union, la chute des régimes communistes en 1990 avec pour traduction une désindustrialisation massive, nous en sommes déjà à 10% de réduction d’émissions de gaz à effet de serre ! Soit la moitié de l’objectif fixé l’année dernière seulement ! Autant dire que les gouvernements, ne se fixant comme réduction d’émissions que 10%, ne sont pas si ambitieux qu’ils le prétendent. Les Verts du Parlement européen, beaucoup plus volontariste en la matière, en appelle à cesser cette hypocrisie et ouvre dès aujourd’hui le site Climate Circus pour dénoncer cette politique de façade. On y observe ainsi que si le monde suivait des gouvernements comme la France, arguant pour une réduction d’uniquement 10% d’émissions d’ici à 2020, la température du globe augmenterait de 4,3% d’ici 2080 ! Nous sommes bien loin des 2°C préconisés par les experts du climat !
D’aucuns avouent aujourd’hui de la nécessité, pour l’Union Européenne, de réellement donner un ton ambitieux lors de ce futur Sommet International du Climat. Elle peut éventuellement, dans un contexte difficile nous l’avons vu, débloquer la situation pour un accord un minimum « acceptable ». Elle devra pour cela écouter son parlement, et ne pas oublier de négocier également au maximum, outre les puissants, avec ces fameux « swing-states », puissances d’aujourd’hui et de demain.
Noé Pflieger
JV Besançon
Sources :
Damien Demailly, Conférence : Copenhague et ses Enjeux, 24 Octobre 2009, Paris
Pierre Radanne, Table Ronde : Un œil sur la planète : de Kyoto à Copenhague, Universités d’été des Verts et d’Europe-Écologie, 20 Août 2009, Nîmes
Hervé Kempf, Pour les Américains, le réchauffement constitue une menace lointaine, Le Monde, 26 Octobre 2009